À vingt minutes de train de Neuchâtel, le paysage change complètement de registre. On quitte les quais du lac, le train remonte la vallée de l’Areuse, et l’on descend à Noiraigue avec la sensation d’être entré dans un autre canton. Trois heures plus tard, on se tient au bord d’une paroi verticale de plus de cent cinquante mètres qui dessine un demi-cercle presque parfait au-dessus de la forêt. C’est le Creux du Van, et l’automne est probablement la saison où il se montre le mieux : l’air est plus sec, la lumière plus rase, les hêtres virent, et la foule des dimanches d’été a disparu. Si vous envisagez cette randonnée, sachez qu’elle se fait très bien depuis Neuchâtel, sans voiture.
Réservez une chambre à l’Hôtel Beaulac, au bord de l’eau, à quelques minutes de la gare : vous partez le matin par le premier train et vous retrouvez le lac en fin d’après-midi.
Un cirque rocheux que l'automne met en valeur
Le Creux du Van n’est pas une falaise, c’est une arène. Un cirque naturel d’environ 1400 mètres de large, à la frontière des cantons de Neuchâtel et de Vaud, dont les parois verticales enserrent une combe boisée. On lui donne parfois le surnom de Grand Canyon suisse, ce qui est excessif en dimensions mais assez juste dans l’effet produit : le sol s’arrête net sous les pieds et le regard tombe dans le vide.
La géologie explique la forme, façonnée par les cycles de gel et de dégel à l’époque glaciaire. Le nom, lui, n’a rien à voir avec un véhicule. Le terme « van » viendrait du franco-provençal, où il désigne un rocher, ou du celte « vanno », qui désigne une pente.
Le site forme une réserve naturelle d’une quinzaine de kilomètres carrés qui englobe aussi la Montagne de Boudry et les Gorges de l’Areuse. Une colonie d’une vingtaine de bouquetins, réintroduits dans les années 1960, y vit aux côtés des chamois, des chevreuils, du lynx et du grand tétras. En automne, les bouquetins redescendent volontiers sur les vires rocheuses et se laissent observer depuis le bord du cirque, souvent à faible distance. Emportez des jumelles, ou au moins un peu de patience.
Statut de réserve oblige, quelques règles s’appliquent : la cueillette et le bivouac sont interdits, et les chiens doivent être tenus en laisse.
Le sentier des 14 contours, l'itinéraire classique depuis Noiraigue
C’est la version la plus satisfaisante, et la seule qui se fasse intégralement en transports publics. Le train relie Neuchâtel à Noiraigue en une vingtaine de minutes, avec une cadence horaire.
Depuis la gare, on suit le balisage jaune sur une route goudronnée qui devient rapidement un chemin caillouteux, puis grimpe à travers la forêt. Comptez environ cinquante minutes jusqu’à l’alpage des Oeuillons, où l’on trouve une buvette, avant d’attaquer les quatorze lacets qui montent au Soliat en une heure et demie. Chaque contour porte un numéro peint en jaune, ce qui donne au sentier son caractère un peu ludique et permet de mesurer sa progression.
L’arrivée en haut est brutale au bon sens du terme : on sort de la forêt et le cirque est là, d’un coup. Le point culminant du Soliat atteint 1463 mètres. Par temps clair, la vue porte sur le littoral neuchâtelois au sud, le Val-de-Ruz et le Val-de-Travers au nord, et jusqu’aux Alpes.
Pour la suite, on longe le rebord du cirque puis on redescend vers la Ferme Robert. Comptez environ une heure et demie pour cette portion, puis trente-cinq minutes de plus pour rejoindre Noiraigue. Sur le tracé du retour, une halte s’impose à la Fontaine Froide, une source glacée qui sort au pied de la paroi et dont l’eau reste froide toute l’année. Les amateurs d’absinthe du Val-de-Travers en font grand cas.
Deux précisions utiles. Le long du bord, un muret sépare le pâturage du vide, et il est possible de marcher du côté sûr : le sentier extérieur, balisé blanc-rouge-blanc, n’offre aucune protection et se réserve à ceux qui n’ont pas le vertige. Et il existe une variante d’ascension par le sentier du Single, plus raide, que certains préfèrent en descente.
Au total, la boucle représente une douzaine de kilomètres pour 700 à 800 mètres de dénivelé, soit quatre à cinq heures de marche effective. Prévoyez la journée.
Préparer sa journée d'automne
L’automne apporte de vrais avantages et deux ou trois contraintes qu’il vaut mieux anticiper.
Les jours raccourcissent vite. Fin octobre, la nuit tombe autour de dix-huit heures : partez de Neuchâtel avant neuf heures pour garder de la marge, et vérifiez l’horaire du train de retour avant de monter, pas après être redescendu.
Les feuilles mortes et l’humidité rendent la descente glissante, en particulier sur les racines et les dalles du sentier du Single. Des chaussures à tige montante et une semelle crantée changent tout. Au-dessus de 1400 mètres, il peut geler alors qu’il fait doux au bord du lac : ajoutez une couche chaude et des gants légers, même si le thermomètre annonce quinze degrés à Neuchâtel.
Côté ravitaillement, plusieurs adresses ponctuent le parcours. Le restaurant du Soliat se trouve à 1382 mètres, directement aux abords du cirque, et la Ferme Robert vous accueille à 972 mètres, au pied de la paroi, avec une carte de plats du terroir. Les horaires varient selon la saison et les métairies ferment progressivement à l’approche de l’hiver : un appel avant de partir évite la déconvenue. La Ferme Robert abrite aussi un centre nature en accès libre, ouvert les week-ends et jours fériés en saison.
Enfin, un mot sur la voiture. Un parking existe devant le restaurant du Soliat, à cinq minutes de marche du cirque, mais la route d’accès depuis Couvet ou depuis le littoral est étroite et les croisements y sont difficiles. C’est l’option des pressés, et celle qui prive du meilleur de la randonnée. Le train et les quatorze contours restent le bon choix.
Une journée dans le Jura, une soirée au bord du lac
C’est là que la combinaison prend tout son sens. Le Creux du Van est une sortie physique, minérale, un peu rude. Redescendre du train à Neuchâtel en fin d’après-midi et retrouver le lac quinze minutes plus tard produit un contraste que peu de destinations offrent d’aussi près.
À l’Hôtel Beaulac, vous êtes au bord de l’eau, à quelques minutes de la gare. Après six heures de marche, cela signifie une douche rapide, une table avec vue sur le lac, et un verre au rooftop Waves si le ciel est encore clair. Le lendemain, vous n’avez rien à préparer : les Gorges de l’Areuse, le vignoble neuchâtelois et la vieille ville sont tous à portée.
Réservez votre séjour d’automne sur beaulac.ch et faites du Creux du Van la première journée d’un week-end au bord du lac plutôt qu’une excursion isolée.


