Il existe une idée tenace selon laquelle les sports d’hiver commencent quelque part vers le Valais, après trois heures de route et une chaîne à monter sur les roues. Elle arrange les stations et elle prive une bonne partie des visiteurs d’une évidence géographique : depuis les quais de Neuchâtel, à 430 mètres d’altitude, il suffit d’un bus pour se retrouver à près de 1 300 mètres, raquettes aux pieds, avec les Alpes en face et le brouillard du plateau quelque part en dessous.
Les raquettes dans le Jura neuchâtelois ne demandent ni voiture, ni forfait, ni matériel personnel. Elles demandent un horaire de bus et une paire de chaussures étanches. Pour un week-end de ce type, l’Hôtel Beaulac constitue le camp de base logique, et la réception vous renseignera au +41 32 723 11 11.
Le principe : dormir à 430 mètres, skier à 1 300
C’est un raisonnement que les habitants du canton appliquent depuis toujours et que les visiteurs découvrent avec un temps de retard. Dormir en altitude coûte cher, particulièrement entre Noël et fin février, et implique de rester sur place le soir venu, avec le choix restreint que cela suppose.
Dormir au bord du lac inverse la logique. Les nuits y coûtent nettement moins qu’en station à la même période, la ville offre des restaurants ouverts un dimanche soir, et la neige reste à vingt minutes. On monte le matin, on redescend en fin d’après-midi, et on dîne face à l’eau. Le lac est rarement gelé, la route du bas ne l’est jamais, et personne ne passe sa soirée à se demander comment il repartira le lendemain.
Le second avantage tient au brouillard, qui est la vraie signature de l’hiver sur le plateau suisse. Quand Neuchâtel disparaît sous le stratus, les crêtes du Jura sont au soleil. Monter, ces jours-là, n’est pas une activité sportive, c’est une question de moral.
Trois lignes de bus qui font tout le travail
C’est le point que la plupart des guides oublient, et c’est pourtant celui qui rend l’ensemble praticable sans voiture.
Le Snowbus part de la place Pury, en plein centre de Neuchâtel et à quelques minutes à pied du bord du lac, passe par la gare, puis rejoint Les Bugnenets-Savagnières et la Maison Chasseral. Le trajet aller-retour est proposé à un tarif forfaitaire de 7 francs, et les abonnements Onde Verte, demi-tarif et général sont reconnus à bord. Il circule uniquement en hiver et uniquement lorsque les téléskis des Bugnenets-Savagnières sont ouverts.
Le Nordic’BUS, ligne 426, dessert l’autre grand site du canton. Depuis Neuchâtel, on prend le train jusqu’aux Hauts-Geneveys, puis le bus rejoint La Vue des Alpes en moins d’un quart d’heure et poursuit jusqu’à Tête de Ran, avec des arrêts aux Gollières, aux Loges et au Crêt-Meuron. Il circule les samedis, dimanches, jours fériés et jours de vacances scolaires, de fin décembre au début du mois de mars, et surtout quel que soit l’enneigement, ce qui évite de partir à l’aveugle. Le billet spécial coûte 6 francs en aller-retour et 4 francs en aller simple, avec les mêmes reconnaissances d’abonnement.
Au Val-de-Travers, enfin, des lignes de Bus des neiges relient Couvet à la région du Creux-du-Van et Les Verrières aux Cernets, dans les deux cas au plus près des pistes de ski de fond. Les horaires complets de ces lignes hivernales se consultent sur https://www.transn.ch
Où chausser les raquettes
L’itinéraire de crête entre La Vue des Alpes et Tête de Ran est le plus connu et reste le plus accessible. Il serpente entre les sapins enneigés, s’ouvre sur les Alpes au sud et sur La Chaux-de-Fonds au nord, et se pratique aussi bien de jour que de nuit, ce qui en fait l’une des rares sorties raquettes que l’on peut envisager après le coucher du soleil sans matériel particulier.
Du côté des Bugnenets-Savagnières, le parcours qui va de la Clochette au Bec-à-l’Oiseau offre une vue dégagée sur la chaîne des Alpes. C’est le terrain à privilégier quand le vent souffle, parce qu’il reste en partie abrité.
Plus haut, le Chasseral culmine à 1 607 mètres et devient en hiver un vaste domaine de raquettes et de ski nordique. La récompense visuelle est considérable, l’exposition aussi : les rafales au sommet peuvent être violentes, et ce n’est pas un objectif à choisir un jour de vent annoncé.
Une remarque enfin sur le Creux du Van, que beaucoup ont en tête après une visite d’automne. Le cirque est effectivement praticable en raquettes et l’ambiance y est spectaculaire, mais les abords de la falaise présentent un vrai danger par temps de neige, entre corniches et visibilité réduite. Consultez le bulletin d’avalanches sur https://www.slf.ch avant de partir, et gardez cet itinéraire pour un jour de stabilité confirmée.
Le ski de fond, une affaire sérieuse dans ce canton
Il faut comprendre que le fond n’est pas ici un sport de complément mais une pratique culturelle. Dans les hautes vallées neuchâteloises, les enfants ont longtemps rejoint l’école à skis, et cela se sent encore sur les pistes.
La Brévine, surnommée la Sibérie suisse pour ses records de froid, reste la référence du canton, avec un réseau de pistes qui traverse des paysages d’une austérité magnifique. Les Cernets, au-dessus des Verrières, complètent l’offre côté Val-de-Travers. L’ensemble des centres nordiques de la région est recensé sur https://www.j3l.ch
Louer sur place et rentrer au chaud
Aucune raison de voyager avec du matériel. Le point d’accueil touristique de La Vue des Alpes loue des raquettes, des skis de fond classiques et de skating. La Maison Chasseral, aux Savagnières, propose en plus des skis de piste, de randonnée et des télémarks. À Peseux, Défi Montagne loue raquettes et matériel technique sur réservation, et Ochsner Sport, à La Maladière, dépanne à Neuchâtel même.
Le reste de l’équation se règle en bas. L’Hôtel Beaulac se trouve directement sur les quais, à quelques minutes de la place Pury d’où part le Snowbus et de la gare pour les correspondances vers Les Hauts-Geneveys. Les chambres donnent pour la plupart sur le lac et les Alpes, le restaurant Lake Side est dans le bâtiment, et le bar rooftop Waves attend au septième étage ceux qui ont marché toute la journée. Les hôtes qui passent la nuit dans le canton reçoivent par ailleurs la Neuchâtel Tourist Card, qui donne accès aux transports publics neuchâtelois ; pour les lignes hivernales à tarif spécial, un mot à la réception permet de vérifier ce qui est inclus.
Réservez votre week-end raquettes à l’Hôtel Beaulac au +41 32 723 11 11 ou sur https://beaulac.ch, et gardez la montagne pour la journée.


