Il y a une raison très simple pour laquelle vous n’avez probablement jamais bu de vin neuchâtelois avant de venir à Neuchâtel : il n’en sort presque pas. Sur environ six cents hectares, cinquante-quatre vignerons produisent en moyenne trente-trois mille hectolitres par an, et l’export représente à peine un pour cent des ventes. Le reste est bu sur place, dans les caveaux du littoral, sur les cartes des restaurants de la vieille ville, à la table des gens d’ici. C’est le plus petit vignoble de Suisse, et c’est précisément ce qui le rend intéressant.
Depuis l’Hôtel Beaulac, au bord du lac, vous êtes à deux pas du départ du tram qui longe les vignes. Une matinée suffit pour comprendre ce vignoble, une journée pour le parcourir.
Réservez votre séjour sur beaulac.ch et gardez au moins un après-midi pour cela : c’est le genre de découverte qui ne s’organise pas depuis chez soi.
Trois vins, et une bonne raison d'être ici
Le vignoble neuchâtelois s’étire sur plus de trente kilomètres, entre Le Landeron et Vaumarcus, le long de la rive nord du lac. Il occupe une bande étroite au pied de la première chaîne du Jura. Le lac tempère les hivers et les canicules, l’arc jurassien protège des courants humides venus de l’Atlantique, et l’orientation vers le levant assure la ventilation et l’ensoleillement. Les sols sont d’origine jurassique, calcaires et caillouteux.
Douze cépages seulement donnent droit à l’appellation, les blancs occupant quarante pour cent de la surface et les rouges soixante, principalement du Pinot Noir. Mais l’identité du canton tient surtout à trois vins.
Le Non Filtré est le plus singulier. Il s’agit d’un Chasselas mis en bouteille sans filtration finale, et c’est le premier vin suisse de l’année. Il sort le troisième mercredi de janvier, et son étiquette est collée à l’envers pour rappeler qu’il faut retourner la bouteille avant de servir afin de remettre la lie en suspension. Ce mercredi de janvier est une vraie date dans le canton, avec ses dégustations et son agitation. Retenez-le pour un retour hivernal.
L’Œil-de-Perdrix est un rosé issu à cent pour cent de Pinot Noir, vinifié comme un blanc, dont la teinte saumonée a donné le nom. Il a été inventé à Neuchâtel au XIXe siècle, ce qui explique pourquoi les connaisseurs considèrent le Neuchâtel Œil-de-Perdrix comme l’original. Le nom a depuis été repris ailleurs en Suisse, mais c’est ici qu’il est né.
Le Pinot Noir, enfin, est devenu la valeur haute du vignoble. Le canton a été le premier de Suisse à imposer des limites de rendement, ce qui a permis au cépage de gagner en complexité et en capacité de garde. Comptez à partir de onze francs pour un Non Filtré et jusqu’à environ quarante-cinq francs pour un Pinot Noir de haut de gamme.
La vigne n’est pas une nouveauté locale. On produisait déjà du vin ici à l’époque romaine, et la première mention certifiée figure dans l’acte de fondation du Prieuré de Bevaix.
Les villages du vignoble, d'Auvernier au Landeron
Le vignoble se lit comme une suite de villages, chacun avec son caractère.
Auvernier est le plus photographié, et à juste titre : le village a conservé son architecture des XVIIe et XVIIIe siècles pratiquement intacte, avec ses fontaines et ses portails de pierre jaune. Sa surface viticole atteint soixante-dix hectares, essentiellement du Chasselas, et le Château d’Auvernier, vingt-six hectares, appartient à la famille Grosjean depuis 1603. C’est le point de départ logique d’une balade, d’autant qu’il est à sept minutes de tram du centre de Neuchâtel.
Cortaillod a sa propre réputation, fondée sur un clone particulier de Pinot Noir qui porte le nom du village et qui a été planté bien au-delà de la région. Ses coteaux comptent parmi les plus pittoresques du vignoble.
Boudry concentre l’essentiel de ce qu’un visiteur cherche, avec son château et son caveau, dont je parle plus loin.
Vers l’est, l’Entre-deux-Lacs change d’atmosphère. Cressier, Saint-Blaise et Le Landeron sont moins parcourus, plus proches du lac de Bienne, et leurs domaines y sont souvent plus familiaux.
Où déguster, concrètement
C’est le point qui bloque la plupart des visiteurs, car le vignoble neuchâtelois n’a pas de circuit balisé avec des caves ouvertes en continu. Il fonctionne autrement, sur trois niveaux.
Les caveaux collectifs sont la solution la plus simple, puisqu’ils réunissent les vins de plusieurs vignerons au même endroit. Il en existe trois : Boudry, Cortaillod-Bevaix et l’Entre-deux-Lacs. Celui de Boudry est le plus mémorable : il occupe la Tour de Pierre, un petit édifice d’allure médiévale planté au milieu des vignes, et sa terrasse donne sur tout le coteau boudrysan. Vérifiez les jours et heures d’ouverture avant de monter, car ils sont restreints et varient selon la saison.
Le Château de Boudry joue le rôle de porte d’entrée officielle. Il abrite le musée de la vigne et du vin ainsi qu’une œnothèque, et on y déguste des vins et des produits régionaux dans un cadre qui vaut à lui seul le déplacement. C’est l’adresse à privilégier si vous voulez comprendre avant de goûter.
Les domaines individuels demandent un peu plus d’organisation, mais offrent l’échange le plus direct. Plusieurs reçoivent sur rendez-vous et proposent visite de cave, dégustation, parfois un parcours pédestre dans les vignes. Parmi les noms qui reviennent régulièrement dans les guides : les Caves du Château d’Auvernier, le Domaine de la Maison Carrée à Auvernier, le Domaine de Chambleau à Colombier, le Domaine des Cèdres à Cortaillod, Grillette à Cressier et le Domaine Saint-Sébaste à Saint-Blaise. Un courriel quelques jours avant suffit généralement.
Et si vous prévoyez un séjour au printemps plutôt qu’à l’automne, notez les Caves Ouvertes neuchâteloises, deux jours de début mai pendant lesquels les vignerons ouvrent leurs portes, avec des navettes prévues entre les trois zones du vignoble.
Y aller sans voiture, et à quel moment
Le vignoble est l’un des rares en Europe que l’on parcourt en tram. Le Littorail relie la place Pury, en plein centre de Neuchâtel, à Boudry en longeant le lac, avec des arrêts à Auvernier, Colombier et Areuse. Les rames circulent à intervalle de vingt minutes et desservent douze arrêts. Comptez sept minutes jusqu’à Auvernier et moins de vingt jusqu’à Boudry. Cortaillod, en revanche, n’est plus sur la ligne depuis les années quatre-vingt et se rejoint en bus.
L’itinéraire le plus satisfaisant consiste à descendre à Auvernier, à traverser le village, puis à marcher dans les vignes en direction de Boudry en gardant le lac sur la gauche. Une heure et demie de marche facile, sans dénivelé notable, avec le caveau ou le château au bout.
Quant au moment, l’automne s’impose. Les vendanges donnent au vignoble une activité qu’il n’a pas le reste de l’année, la lumière basse fait ressortir le relief des coteaux, et le feuillage tourne au jaune et au rouge. C’est aussi la saison de la torrée, une tradition neuchâteloise qui consiste à cuire le saucisson du canton dans les braises et à le manger avec une salade et un verre de Pinot Noir. Si l’occasion se présente, ne la laissez pas passer.
Une journée dans les vignes, une soirée au bord de l'eau
Le vignoble neuchâtelois ne se visite pas comme la Bourgogne ou le Piémont. Il est petit, discret, sans machinerie touristique, et c’est exactement son intérêt : vous y buvez des vins que vous ne retrouverez pas chez vous.
L’Hôtel Beaulac est le point d’appui logique pour cela. Vous êtes au bord du lac, à quelques minutes du départ du Littorail, avec une carte des vins qui met en avant les producteurs de la région et une équipe qui connaît les domaines. Vous rentrez de votre après-midi dans les vignes, vous vous installez face à l’eau, et vous continuez la dégustation à table.
Réservez votre séjour d’automne sur beaulac.ch et donnez-vous le temps d’un vignoble qui se mérite plutôt qu’il ne s’annonce.


